Volgograd Philharmonic Orchestra - Edward Serov
Prokofieff: Pianoconcerto 5 - Tchaikovsky: Pianoconcerto 1
Volgograd 15 juin 2003
Le charme fragile d'une dame de fer
Eliane Rodrigues joue et dirige dans la Salle de Concert Centrale.
La dernière invitée étrangère du deuxième festival de musique "Station Tsaritsyno" était une artiste intéressante venue de Belgique, la pianiste Eliane Rodrigues.
D'origine brésilienne, enfant prodige, lauréate du prestigieux concours international Reine Elisabeth à Bruxelles, festivalière, pianiste au vaste répertoire et maman de trois enfants, madame Rodrigues est une personnalité unique à bien des égards. Elle a rencontré notre orchestre symphonique il y a cinq ans lors du Festival de musique romantique à Saas-Fee, en Suisse, où ils donnèrent des concerts et enregistrèrent un CD ensemble. La saison dernière, Eliane Rodrigues est venue deux fois à Volgograd où elle a été accompagnée par l'orchestre sous la direction d'Edouard Serov. L'un des programmes, qui proposait trois concertos pour piano de Prokofiev et Rachmaninov, était d'ailleurs un exploit en termes de volume et de technique. La puissance artistique remarquable de la pianiste avait déjà séduit le public à l'époque.
Cette fois, Eliane Rodrigues a étonné davantage encore les auditeurs. Non seulement a-t-elle parcouru de nombreux pays aux côtés d'Edouard Serov en tant que soliste, mais elle a pris chez lui des cours de direction d'orchestre, qui ont révélé une endurance et un talent exceptionnels. C'est donc aussi en tant que chef d'orchestre que l'artiste se présentait pour la première fois au public de Volgograd.
Une femme au pupitre de direction, voilà qui est très inhabituel, surtout lorsqu'elle incarne la grâce et le raffinement. La personnalité d'Eliane Rodrigues allie avec bonheur le charme de la féminité ainsi qu'une volonté et un tempérament artistiques puissants, ce qui a assuré le succès du concert. Les pièces de Schubert ont trouvé une interprétation à la fois douce et chaleureuse. Dans l'andante, E. Rodrigues ose même devenir compositrice aux côtés du maître en adaptant sa musique de chambre pour grand orchestre. Cette version a d'ailleurs été jouée en première mondiale dans notre ville.
Enfin, dans le quatrième concerto pour piano de Beethoven, E. Rodrigues était à la fois soliste et chef d'orchestre, dans la pure tradition du XIXe siècle, à présent presque complètement disparue. L'œuvre a bel et bien été le clou de la soirée. Sans renoncer en rien à son élégance féminine, l'artiste a "lu" la partition de piano avec profondeur et beaucoup d'émotion, faisant partager au public un son envoûtant et des intonations plastiques, "évocatrices". En même temps, la soliste-chef d'orchestre entraînait l'orchestre derrière elle avec une puissance et une assurance énormes. Edouard Serov, présent lors du concert, avait toutes les raisons d'être fier du succès de son élève.
Marina KOLMAKOVA - 24 juin 2003 Volgogradskaja Pravda